Les marchands de la précarité et de la pauvreté
Vous n’êtes pas sans savoir que ces derniers temps, un peu partout en Belgique, l’opération « Marchands de sommeil » bat son plein. Une traque systématique a été lancée contre les propriétaires d’immeubles qui louent des maisons à des personnes, soit qui ne sont pas en ordre administratif (ne possédant aucun contrat de bail établi dans les normes requises par la loi), soit qui ne sont pas en ordre de séjour.
En ligne générale, nous sommes d’avis que les propriétaires ne doivent en aucun abuser de l’incapacité financière ni du statut délicat de leurs locataires, en leur louant par exemple des appartements à des coûts démentiels, ou en les jetant à la porte au gré de leurs états d’âme. Mais il sied de comprendre aussi que si de pauvres gens se soumettent au diktat de certains propriétaires véreux, c’est entre autre aussi parce qu’on ne leur donne pas trop de choix pour vivre décemment. Entre vivre à la belle étoile, sous le froid, dans l’insécurité et avoir un toit sur sa tête tout en restant soumis aux injonctions d’un propriétaire incivique, le choix n’est pas bien compliqué.
Traquer les soit disant marchands du sommeil est une chose, proposer des solutions concrètes pour le relogement de ceux qu’on laisse sur le trottoir, c’en est une autre. Sachant très bien qu’un nombre important de personnes qui se retrouvent à la rue, après une telle opération, n’ont pas tellement d’issues sociales. D’une part parce que de nombreuses gens délogées sont dans le besoin, et de l’autre, parce qu’une bonne poignée n’a pas de titres de résident. Pas de papiers, donc pas de permis de travail, donc pas de travail. Si certains reçoivent de l’aide du CPAS, d’autres n’ont même pas droit à un minimum d’aide sociale. Et pis, d’aucuns vivent dans une peur maladive car ces traques immobilières sont aussi une occasion opportune pour la police de passer le filet aux irréguliers. Comme dirait-on, d’une pierre, deux coups.
Mais tout ceci n’est qu’une parenthèse. Car, pour nous, marchands de sommeil rime avec marchands de précarité et pauvreté. Le monde capitaliste qui régit l’humanité aujourd’hui préconise l’enrichissement nirvanique des riches et l’appauvrissement abyssal des pauvres. En clair, vous avez d’un côté ceux qui ne cessent de dépouiller, jour après jour, de malheureux citoyens, et qui du haut de leur fortune, finissent par devenirs imbus de leurs personnes au point d’en devenir ivres (un peu comme s’ils avaient atteint leur nirvana). De l’autre, ceux qui impuissamment voient leurs vies s’assombrir et disparaître sans laisser de traces, un peu comme de vieilles carcasses de navires englouties dans le fond des mers
Nous avons de loin dépassé le cap des contradictions. Nous sommes carrément dans deux mondes opposés au sein d’un même Monde (avec grand M). Pendant que les autorités s’acharnent contre les marchands de sommeil, un groupe minoritaire de personnes (10 %) s’accapare de tout, ne laissant rien aux autres. Ces gens qui ont le capital, le pouvoir et les grandes institutions sous leur contrôle, entretiennent la misère au sens le plus large. Si le marchand de sommeil vend le sommeil à de pauvres gens sans issues, à des prix outrepassant leur minimum vital, le marchand de précarité et pauvreté vend la misère au prix de la mort de plusieurs millions de personnes, impunément.
La logique de ces marchands de la précarité et de la pauvreté, c’est ceci : Il faut bien des pauvres pour faire des dons de charité afin bénéficier des exemptions fiscales (du moment qu’on ne touche pas à la fortune). Mais que fait-on pour éradiquer les sources productives de la pauvreté dans le monde ? La question reste ouverte ! Il faut bien des pays riches et des pays pauvres. Pour ce faire, créons des guerres, rendons les Etats africains ingouvernables, à l’image de la R.D.Congo et de la Côte d’Ivoire, sinon à qui allons-nous vendre nos armes ? Comment justifier notre présence dans ces pays ? Et donc, comment contrôler les richesses de ces pays potentiellement riches et économiquement amoindris ? Mais que fait-on sinon pour que ces pays africains ne dépendent plus de l’assistanat ? Que fait-on pour qu’ils gèrent à bon escient leurs ressources géologiques, qu’ils réussissent à se prendre en charge ? Qu’ils soient en mesure de choisir leurs dirigeants plutôt que de dépendre du choix d’autres Super Puissance ? La question reste aussi posée ?
Vous l’aviez bien constaté. Les marchands de précarité et de pauvreté dépassent de loin nos frontières. Ils dépassent de loin le seuil des portes de nos immeubles, de nos maisons. Ils sont mieux organisés, mieux structurés (ils agissent en conglomérat, lobbies, plates-formes, regroupements régionaux, etc.), plus nuisibles, plus puissants, plus influents et ont un impact plus percutant sur les conditions de vie générales des peuples d’innombrables nations du monde, comparé aux marchands de sommeil qui agissent isolément. Car, ce n’est pas au prix d’une ou deux têtes qu’ils opèrent, mais au prix des millions de personnes. Les marchands de précarité et de pauvreté contrôlent tous les secteurs de la vie avec leur argent, dictent les règles du jeu à leur convenance, emploient, licencient, désignent les dirigeants et j’en passe.
La comédie musicale d'Artibano
De ce qui précède, nous ne pouvons qu’être indignés de constater l’impuissance de nos responsables d’Etat. Préférant s’attaquer aux conséquences, en proposant souvent des solutions soit éphémères, soit en tentant de réaliser des actions minimales. Alors qu’en réalité, le mal qui gangrène la société humaine, dans son tout, doit être traité à sa racine. A quoi bon arroser les feuilles d’une plante quand on ne nourrit pas ses racines. Êtes-vous sûr que cette plante poussera convenablement et au mieux donnera des fruits, même si ces feuilles semblent éclatantes ? A vous de nous le dire !
Nous n’avons certainement pas les moyens d’apporter des solutions concrètes, même si des idées fleurissent dans nos têtes tous les jours. Cogiter c’est bien, mais s’activer c’est nettement mieux. Faute de moyens conséquents, nous ne pouvons qu’interpeller le commun des mortels et les institutions en place à plus d’engagement, éventuellement par le biais de la comédie musicale produite par Artibano BENEDETTO.
